La société algérienne face au changement

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Une nouvelle Algérie est en train de naître, par Abed Charef

Une nouvelle Algérie est en train de naître 

par Abed Charef  QO jeudi 24 janvier 2008 


La grève des lycéens a dépassé ses promoteurs. Ce n’est pas une simple protesta, mais un nouveau pays qui émerge.

Ils sont jeunes, ils sont beaux. Ils sont l’innocence et l’aspiration au savoir. Ils manifestent dans la bonne humeur, formant des cortèges aussi joyeux que colorés. Ils ont pris possession de la rue de manière pacifique, et ont réussi, non seulement à se faire entendre, mais à gagner la sympathie d’une large partie de la société. La matraque du policier paraît désuète face à leur simplicité. Non, ils n’ont pas envie de casser, ni d’affronter qui que ce soit. Ils veulent simplement avoir une chance dans la vie.

Malgré les interdictions et les barrages, ils ont réussi à engager le plus beau mouvement de foule de ces dix dernières années. Ils ne connaissent pas la haine. Ils veulent simplement dire aux autres, aux adultes, à ceux qui décident, à tous les bureaucrates qui font de savantes analyses, que les jeunes Algériens ne veulent pas être condamnés à la triptyque harga-kamikaze-hitiste.

En ce mois de janvier 2008, les lycéens ont brusquement révélé qu’une autre Algérie est possible. Une Algérie où le citoyen a le droit de défendre ses droits, de manifester pacifiquement, d’exister. La grève des lycéens a révélé deux Algérie: l’une moderne, jeune, pacifique, ouverte, aspirant au savoir, et l’autre fermée, enfermée sur elle-même, prisonnière de réflexes dépassés et de comportements relevant d’autres temps.

En fait, il y a tant de symboles dans cette semaine de protestation des lycéens qu’il est impossible de les évoquer tous. On ne retiendra même pas le contenu de leurs revendications, ni les tentatives de pousser les protestataires à la faute. Personne ne s’attardera non plus sur les réponses des responsables du pays, qui paraissent en décalage total avec cette nouvelle jeunesse qui vient de surgir. A peine retiendra-t-on que le SMS et Internet ont joué un rôle clé dans cette mobilisation, battant à plate couture les méthodes désuètes du pouvoir, au travers d’un ministre de l’Education s’invitant au journal télévisé de 20 heures pour faire de nouvelles promesses.

Et puis, quelles promesses leur tenir ? Les rassurer quant au déroulement du baccalauréat ? C’est tellement dérisoire, face aux vrais enjeux dans lesquels ces lycéens se trouvent engagés et, avec eux, le pays tout entier. Car, quitte à rappeler une évidence, ces jeunes qui battent le pavé sont les futurs cadres du pays. Dans un mandat présidentiel, ils auront terminé leur formation universitaire. Dans quel état trouveront-ils le pays ? Quel marché du travail trouveront-ils ? Mais plus simplement encore, la formation qu’ils auront acquise leur permettra-t-elle d’entrer dans le monde du travail par la grande porte ? Que faut-il faire pour leur assurer une vraie formation qui débouche sur de vrais diplômes ?

Cette seule question serait suffisante pour remplir un mandat présidentiel. Y répondre, sur le terrain, justifierait une élection aux prochaines présidentielles. Le ministre de l’Education s’est d’ores et déjà disqualifié, en ayant recours aux menaces. Peut-on sanctionner un lycéen qui s’est absenté pour aller à une manifestation, fût-elle illégale ? En fait, les réponses approximatives des autorités révèlent une autre réalité: les enjeux de cette grève des lycéens, comme ceux d’autres conflits antérieurs, ne sont pas posés de manière rationnelle. Et pourtant, l’enjeu est énorme.

L’université algérienne compte aujourd’hui un million d’étudiants. Ils seront un million et demi à la fin du prochain mandat présidentiel. C’est l’équivalent de la moitié de la population du grand Alger ! Comment encadrer tout ce monde, lui fournir professeurs, outils de savoir, documentation, comment l’héberger et le prendre en charge de manière à le libérer de toutes les contingences quotidiennes pour qu’il puisse se consacrer aux études ?

Il faudra probablement multiplier par trois le nombre d’enseignants actuel, qui est de 35.000, pour assurer une simple mise à niveau de l’encadrement. Cela nécessite une action multiforme, à la fois pour former, ramener si possible les professeurs qui sont partis et injecter massivement des enseignants qu’il faudra chercher là où ils se trouvent. Il faudra donc non seulement arrêter l’hémorragie actuelle des départs, qui avoisinent le millier par an, mais engager un mouvement inverse de grande envergure !

En parallèle, il faudra construire massivement de nouvelles universités, pas seulement des annexes décidées à la va-vite, entre deux réunions, pas des garderies pour post-adolescents, mais de vrais pôles universitaires modernes, avec leurs équipements modernes, leur infrastructure pédagogique et technique, leur environnement et leurs liens avec la société. Il faudra y introduire massivement aussi les nouvelles technologies, mettre tout cela en réseau pour faciliter l’accès à la documentation, de quoi, en fait, motiver le pays pour se lancer dans une immense aventure de l’informatique. C’est une tâche gigantesque: les nouveaux arrivants à l’université durant le prochain mandat présidentiel représenteront à eux seuls l’équivalent de la population d’Oran !

La protestation des lycéens a montré les enjeux. A charge pour le pays de montrer qu’il a saisi le message et qu’il est en mesure de répondre au défi. 

 

Dans : Articles de presse,LA SOCIETE ALGERIENNE ET LE CHANGEMENT
Par Miloud Medjamia
Le 7 avril, 2008
A 16:56
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Une lecture « réformatrice » de la crise, Par Ammar Belhimer

Une lecture « réformatrice » de la crise Les économistes algériens de la première génération sont peu prolifiques, et peu bavards aussi, mais en dépit de la rareté de leurs écrits, ils s’accordent tous à souligner, à plus ou moins gros traits, la faillite des actions économiques initiées par les pouvoirs publics. Au risque de déplaire, notamment par omission, à certains d’entre eux, on constate qu’ils interviennent en fonction d’approches soit économétrique (Ahmed Souamès), soit générale (Abdelmadjid Bouzidi), soit politique (Ahmed Benbitour, Abdelatif Benachenhou et Ghazi Hidouci).  Nous dérogerons aux mœurs locales, empreintes de préjugés et d’exclusion, pour essayer de connaître la grille de lecture (et ce qu’elle suggère comme traitement) du courant réformateur, à la lumière des dernières interventions publiques de Ghazi Hidouci, principalement, et de Omar Benderra, accessoirement. Le dernier constat qu’établit Ghazi Hidouci sur la conduite de la politique économique (*) est sévère, profond, structuré et exigeant à l’extrême, voire sans appel : absence de discours élaboré, absence d’idées directrices, autoritarisme. Conséquence : aucune lisibilité, absence de crédibilité interne et externe et perte de confiance des acteurs économiques, absence de formule de régulation et précipitation pseudo-libérale. «Aujourd’hui, le champ politique est fermé et l’Etat livré à la ruse improductive des clans, à l’ambition sénile, à la déchéance sous toutes ses formes (…) Nous continuons de nous enfoncer dans la régression.» 

Ghazi Hidouci constate que le pouvoir est en panne «de pensée d’une politique économique quelconque» ; il ne perçoit l’existence ni d’un modèle économique libéral ni dirigiste ; «on fait n’importe quoi dans le désordre et il est difficile d’y discerner du sens» ; tout au plus lui concède-t-il «un mélange hétéroclite de recettes toutes faites sans idées directrices et sans cohérence, un autoritarisme sénile et capricieux bloquant tout débat, toute perspective de mouvement et ruinant la confiance des acteurs économiques nécessaire à la production et au fonctionnement des marchés». C’est le terreau idéal pour l’éclosion de «l’affairisme nocif, le creusement des inégalités et la multiplication des drames sociaux». Pourtant le pays ne manque pas de ressources. Non, argumente Hidouci, il ne s’agit que «de mauvaises réserves» : «Avec des moyens financiers considérables, la machine est en panne et les Algériens manquent de tout.» Que dire de l’usage fait de ces ressources ? Les excédents financiers extérieurs ont poussé le pouvoir à procéder au remboursement anticipé de la dette. Une décision qui lui semble inopportune compte tenu de «la situation de référence » et des «soucis de souveraineté et de stabilité financière et monétaire». Faute de quoi, le remboursement anticipé s’apparente à «l’apurement en catimini de dettes privées et publiques internes crapuleuses ». Il préconise alors, au préalable, «plutôt que de rembourser des dettes accumulées quelquefois de façon illégitime et souvent pour des raisons inavouables», de les auditer avant de négocier une restructuration des dettes «qui partagerait les coûts de façon moins inéquitable pour les finances publiques et les citoyens». En effet, pourquoi faire payer à l’ensemble de la communauté nationale, notamment la moins lotie, la charge de dettes destinées à constituer des créances douteuses, opaques, discrétionnaires et non remboursables? Une manière de traduire en termes élaborés le vieil adage arabe : «Qui mange, paie.» Si le remboursement anticipé absorbe une partie des excédents extérieurs nouvellement constitués à la faveur de l’embellie pétrolière et occulte le paiement en douce de dettes privées et publiques internes crapuleuses, qu’en est-il de l’usage fait du reste de la manne, notamment l’accumulation d’actifs à l’étranger? Là aussi, Hidouci anticipe que cela n’augure rien de bon : «Les gérants de portefeuille sur les marchés attirent les nôtres par des numéraires ridicules à court terme pour les mener à l’abattoir ensuite. Les Algériens et d’autres ressortissants de pays mal gérés ayant des excédents verront peut-être leurs banques centrales afficher, dans les prochaines années, des milliards de dollars de pertes à cause de la crise des emprunts immobiliers aux Etats-Unis, mais on ne pourra rien y faire, étant donné le manque général de responsabilité politique. C’est une grande prédation que les citoyens subissent sans contrôle.» Sur le court terme, il reste aussi à comparer ce que rapportent ces placements avec le coût de la dette interne à fort taux d’intérêt et dont il faudra bien assurer le service. Le Trésor rembourse la dette interne à des taux élevés alors qu’il reçoit des intérêts de plus en plus bas pour ses placements à l’étranger, négatifs en dollars constants. Sont conséquemment en voie d’être réunies «les conditions de la ruine explosive du pays par les spéculateurs». Il propose alors de «regarder de près l’endettement interne des compagnies qui investissent dans l’énergie et ailleurs et se couvrent pour l’amortissement de leurs dettes. Il faut voir ce que peut leur rapporter comme profits spéculatifs sur une année l’évolution comparée du dinar et du dollar sans qu’ils ristournent au fisc ces bénéfices… «Le résultat de tout ceci est la mise en place graduelle et sournoise d’un nouveau mécanisme de spoliation plus grave et plus pernicieux que celui de l’endettement des années 1970 et 1980 portant de graves préjudices pour la souveraineté financière, monétaire et politique d’une part et pour l’écrasante majorité des pauvres à revenus fixes dans ce pays d’autre part, au bénéfice des acteurs des marchés internationaux et de leurs intermédiaires sur le territoire national.» L’auteur reprend ici l’argumentaire d’une étude de 2004 mettant en avant des intermédiations mafieuses d’abord locales : «Depuis les années 1990, la culture de gestion économique par l’administration continue sous les formes renouvelées d’une privatisation «sélective» ; elle est revendiquée par le secteur privé industriel et de services non concurrentiel, car elle lui permet l’accès aux rentes de clientèle en matière de subventions, de défiscalisation et de crédit : le gouvernement transmet des injonctions au système commercial, financier et bancaire pour privilégier les opérateurs privés opérant sous protection des pouvoirs réels (comme l’a montré en 2003 le cas spectaculaire de la machine à détournements que fut l’éphémère Banque Khalifa) …» Plus loin, il est établi une filiation de type néo-colonial entre les prédateurs locaux et leurs parrains étrangers, en des termes qui donnent des sueurs froides aux souverainistes que nous sommes : «Les acteurs internes se transforment en pâles porte-parole des stratégies des acteurs étrangers : hommes politiques ou hommes d’affaires, aux premiers rangs desquels les Français ; ces derniers apportent à leurs correspondants algériens les nécessaires relais politiques sur le plan international et l’indispensable garantie «démocratique », ainsi que les instruments techniques internationaux de recyclage des produits de la spoliation (comptes bancaires dans les paradis fiscaux, avocats et financiers…). Les réseaux d’affaires étrangers, habitués à partager les détournements et à organiser leur distribution, ont agi durant toute cette période pour renforcer la subordination de l’économie algérienne aux firmes pétrolières occidentales et aux entreprises exportatrices (françaises et italiennes en particulier) assurant l’approvisionnement de la population en biens et services indispensables (…) Avec cette mise sous tutelle mal dissimulée des finances publiques et du système bancaire algérien, le pacte colonial se réécrit sans altération majeure, si ce n’est le déplacement de la responsabilité des politiques répressives vers des mains autochtones. Les privilèges que le droit international accorde aux Etats sont ainsi privatisés et utilisés aux fins des intérêts de réseaux délinquants nationaux et internationaux. Les récents scandales — non dissimulables — de banques en faillite démontrent que le Trésor public et
la Banque centrale participent aux transferts vers les places offshore des détournements frauduleux par des milieux d’affaires intégrés dans le cœur du pouvoir, insérés dans les mécanismes officiels de coopération et de commerce.» Quelles propositions peuvent suivre un constat aussi déprimant ? A la lumière de ce qui se passe autour de nous, Hidouci propose «trois grands thèmes d’analyse» : 
Ø      1 – une capacité de discernement et d’apprentissage qui fait émerger le «capital social collectif», clef de voûte pour sortir des «trappes de pauvreté », pour mettre en place des stratégies spécifiques efficaces et pour déployer des capacités productives ; 

Ø      2 – une intensification des échanges multiformes internes et externes maîtrisés et de construction d’une politique budgétaire, financière et monétaire contrôlée : «à l’endettement se substituent les flux d’investissements durables complétant l’épargne nationale bien rémunérée, faisant de la mondialisation, en dépit de ses injustices, un facteur favorable, soutenant les facteurs structurels internes» ; Ø      3 – la construction de configurations étatiques solides et bien souvent interventionnistes, basées sur des alliances politiques et sociales d’intérêts et une relative égalité sociale interne. 

Ainsi, quelles que soient leurs nuances quant à la gravité du bilan que dressent tous nos économistes, ils sont unanimes à réduire l’équation de la crise à sa dimension politique, à l’émergence d’acteurs représentatifs et libres. Comme s’il suffisait d’enlever une épine pour tenir la rose. A. B. 

(*) Depuis la publication de son livre Algérie, la libération inachevée, chez la Découverte en 1996, l’ancien ministre des Finances dans le gouvernement Hamrouche (1989-1991), s’est très peu exprimé. Il a, notamment, co-signé avec Omar Benderra, l’ancien P-dg du CPA, à la même période, une contribution Algérie: économie, prédation et Etat policier avant d’accorder, tout récemment — le 24 mars dernier — un entretien au site www.lematindz.net, sous le titre : «L’économie algérienne est en panne, l’avenir est sacrifié». 

Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/04/01/article.php?sid=66382&cid=8 

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GHAZI HIDOUCI INTRAITABLE!!! Un grand patriote

Entretien avec Ghazi Hidouci :« L’économie algérienne est en panne, l’avenir est sacrifié »

LE MATIN, le 24 Mars, 2008 04:42:00 |

Ancien ministre des Finances (1989-1991) dans le gouvernement Hamrouche, Ghazi Hidouci, vit aujourd’hui à Paris où il travaille, entre autres, comme Consultant des gouvernements et des acteurs économiques, sur les politiques financières et commerciales. Il a enseigné un temps comme professeur associé Finances Internationales à l’Université d’Artois en France. Il est auteur de plusieurs ouvrages et travaux de recherche sur l’économie, le développement et les stratégies publiques, dont « Algérie, la libération inachevée » publié aux éditions
La Découverte. Observateur patenté de la scène économique algérien et mondiale, ce spécialiste de la finance dresse, dans cet entretien au Matin-dz, un constat alarmiste et sans indulgence de la situation économique algérienne actuelle, tout en proposant des solutions adaptées.
Le Matin-dz : Quel est votre bilan de la situation économique algérienne de ces dernières années. Diffère-t-elle de celle du temps où vous occupiez le poste de ministre des Finances. Quels sont ses points forts et ses lacunes ? Comment caractériser la situation économique présente ? Ghazi Hidouci : Ce qui s’impose immédiatement à l’observation, c’est l’absence de pensée d’une politique économique quelconque ; même la rhétorique du bréviaire court-termiste de l’Ajustement Structurel de la fin des années 90 a disparu. En lieu et place, on gribouille. Le discours, rare, mais surtout l’agitation de terrain, se manifestent par un mélange hétéroclite de recettes toutes faites sans idées directrices et sans cohérence, autoritarisme sénile et capricieux bloquant tout débat, toute perspective de mouvement et ruinant la confiance des acteurs économiques nécessaire à la production et au fonctionnement des marchés

- Grands travaux coûteux manifestant la nostalgie hors contexte des années 70, sans planification, sans hiérarchie, sans capacités d’administration et de réalisation publique et sans mobilisation du potentiel d’activité domestique.

- Ajustements macroéconomiques par le bas comprimant les salaires et détruisant la protection du travail, alignant le comportement budgétaire et monétaire automatiquement sur les normes des marchés spéculatifs, détruisant l’efficacité des mécanismes fiscaux et de protection sociale. Résultats : aucune lisibilité, donc absence de crédibilité interne et externe et perte de confiance des acteurs économiques ; c’est ce que les Algériens traduisent par économie en panne : une industrie publique et privée moribonde, des activités agricoles contrariées par un environnement commercial et financier hostile, le pouvoir d’achat des revenus fixes détruit par des prix alignés sur l’importation et une monnaie anormalement dévaluée, tout cela se traduisant par l’affairisme nocif, le creusement des inégalités et la multiplication des drames sociaux ….l’accumulation de mauvaises réserves….., Vous me demandez de comparer avec ce que j’ai connu dans les années 90. La question est intéressante, même si l’exercice me semble difficile. Je le commencerai par ce qui différencie très nettement les deux périodes : contexte politique de la gestion économique d’abord : - A l’époque, les gens vivaient un moment d’ouverture et d’espoir d’émancipation, souvent confusément et naïvement, mais toujours avec intensité. Ils avaient envie de faire face aux défis, de réaliser et de se réaliser et croyaient que c’était possible. Cela se passait certes dans la douleur et de graves tensions permanentes, cela s’accompagnait d’excessives manipulations et discours démagogiques, d’une faible gestion étatique, mais la vague de fond était là, imprégnant tout, dans la jeunesse, parmi les salariés, dans l’activité privée agricole, industrielle et même informelle, dans le secteur public. Le gouvernement était redevenu dans la transition un acteur parmi d’autres avec bientôt l’espoir qu’il devienne l’acteur de l’expression démocratique des autres..

Tout cela a été brutalement remis en cause par effraction, de façon injuste et illégitime par aveuglement. Nous y reviendrons peut-être, sinon à une autre occasion, car ce n’est pas l’objet de votre question. Aujourd’hui, le champ politique est fermé et l’Etat livré à la ruse improductive des clans, à l’ambition sénile, à la déchéance sous toutes ses formes. Les gens, pour le moins qu’on puisse dire, sont absents, découragés, hésitant entre l’émeute et la jacquerie incontrôlables et la souffrance patiente dans le silence.

Le contexte économique ensuite : – Sur le front intérieur, rappelons seulement que le débat sur les choix était ouvert au début des années 90 et beaucoup de choses, peut-être peu visibles 20 ans après, ont été réalisées; Les gens avaient confiance dans leur avenir et le gouvernement dont j’ai fait partie avait une politique économique lisible, affichée, débattue et combattue, mais explicite. Les dynamiques internes d’activités et d’échanges reprenaient avec force, l’impôt rentrait plus équitablement, les salaires étaient augmentés pour compenser la dévaluation, les agriculteurs s’émancipaient graduellement des tutelles…, la capacité sociale de ce peuple se construisait effectivement au dedans comme au dehors. Sans le sou, dans une situation de cessation de paiement de fait, les algériennes et les algériens existaient. Aujourd’hui, avec des moyens financiers considérables, la machine, comme nous l’avons déjà caractérisée, est en panne et les algériens manquent de tout. Sur le front extérieur, les situations sont totalement différentes ; Aujourd’hui nous vivons une situation inverse de celle des crises financières qui ont marqué les années 80. Le haut niveau des réserves de change accumulées par des pays comme le notre les protège mais la situation peut vite changer, la bulle du crédit et l’instabilité des changes se déplacent vers nos économies sous la forme d’inflation des prix et de capitaux spéculatifs. Conjoncturellement, nous avons bien plus de marges de manœuvres pour nous défendre et mieux préparer l’avenir mais nous ne le faisons pas. Dans les années 80 et 90, en 1982, la crise de la dette publique externe avait éclaté sous l’effet conjugué de la hausse des taux d’intérêt imposée par les marchés et de la baisse des prix du pétrole. Nous étions tenus de rembourser des sommes énormes alors que notre économie était improductive et fortement dépendante des échanges externes. Le dispositif budgétaire, financier et monétaire public était touché de plein fouet. Les capitaux financiers que nous avions inconsidérément empruntés auparavant se tarissaient alors même que les fortunes accumulées fuyaient abondamment. D’autres éléments de la situation mondiale différencient les situations. La tendance historique était à la baisse des prix des matières premières et à une dégradation des termes de l’échange entre les économies puissantes et fragiles, mais les algériens réagissaient comme on l’a signalé. Depuis 2005, les prix des matières premières sont repartis fortement à la hausse. Les réserves de change étaient nulles lors du pic de 1991, elles n’arrêtent pas d’augmenter aujourd’hui. A contrario, le prix des aliments explose aujourd’hui, ce qui n’était pas le cas alors. De façon plus préoccupante, la dette privée et la dette publique interne des Etats augmentent très fortement dans les pays capitalistes mais aussi chez nous, l’instabilité des changes est une épée de Damoclès sur nos têtes. Tous ces phénomènes menacent de faire s’effondrer comme un château de cartes des systèmes financiers fortement connectés, nous mettant dans une situation économique et sociale catastrophique.

L’Algérie amorce une ouverture sur le monde, marquée par un changement de son modèle économique. De l’Etat protectionniste on glisse doucement vers une économie de libre marché régie par un capitalisme offensif. Est-ce que le pays est assez solide pour se permettre un changement de cap, d’autant que cette tendance a enfanté, en Russie, d’une oligarchie et d’un déséquilibre social inquiétant ? Comme je l’ai indiqué auparavant, je ne perçois l’existence ni d’un modèle économique libéral ni dirigiste, ni par conséquent des signes de changement. J’ai dit qu’on faisait n’importe quoi dans le désordre et qu’il est difficile d’y discerner du sens. J’ai plutôt le sentiment que nous nous éloignons ce faisant de plus en plus du monde en mouvement, ces pays émergents qui se mettent à compter aujourd’hui et dont nous aurions pu faire partie. Quand au monde dominateur en crise, nous nous y amarrons, plutôt comme une colonie docile, fournissant du pétrole et sous traitant sa gestion économique, mais aucunement comme partenaire. On est donc loin du risque que cela puisse nous faire du mal comme dans
la Russie d’Eltsine. Le mal de ce type est déjà fait, et à l’inverse de
la Russie de Poutine, qui s’en sort plutôt bien, nous continuons de nous enfoncer dans la régression. Comment peut-on préparer une insertion utile dans l’actuelle globalisation ? La question demeure entière en dépit de près de quinze ans maintenant d’encadrement macroéconomique par les recettes du FMI. Nous nous dirigeons sans savoir comment ni dans quels délais vers un monde économique multipolaire dans lequel la logique économique présente sera remise à plat : l’hégémonie du dollar sera de plus en plus contestée, les conflits sur tous les sujets traités à l’OMC s’accroîtront.
La Banque Mondiale et le FMI changeront de vocation. Nos débats sur les politiques à mettre en place par rapport aux régulations financières et commerciales internationales ne peuvent éviter ces nouvelles réalités. De nombreux pays d’Asie connaissent une croissance très rapide depuis les années 60 pour les premiers, les années 70 pour les autres. Aujourd’hui, cette réalité vaut largement pour
la Chine et l’Inde. Ces pays ont satisfait aux critères concernant la discipline budgétaire et monétaire et obtenu de forts taux d’épargne intérieure bien rémunérée (autour de 30% du PIB dans certains pays). Ils se sont au contraire peu souciés, à juste titre, d’excédent à priori de balance commerciale, mais ont offert des marges appréciables de rendement aux investissements directs. S’ils ont choisi des stratégies de croissance tirées par les exportations, c’est en prenant bien soin de protéger leurs marchés intérieurs là où ils avaient des industries naissantes et surtout de créer des débouchés attractifs en ville pour les cultures vivrières produites par leurs agriculteurs. Ils ont ainsi pris soin, par des politiques internes appropriées, de faire progresser les revenus de tous avec le souci d’une relative réduction des inégalités. Plus que tout, ils ont veillé à doter l’Etat d’une capacité effective d’exercice de sa souveraineté et de son autonomie. Nous voyons s’opérer là, efficacement, les choix d’un développement hors du chemin tracé par l’ajustement structurel, d’abord à partir de la transformation de l’Etat. Cette région renoue avec la croissance et expérimente des instruments de construction d’un marché régional et de mécanismes de financement moins dépendants du dollar et de la spéculation à court terme sur les monnaies. Elle fait le choix de s’éloigner de la pratique de l’endettement international et engage partout des politiques publiques destinées à lutter contre les inégalités et pour le développement d’infrastructures urbaines permettant aux pauvres un meilleur accès à la ville. L’étude approfondie des enseignements de ces pratiques et de leurs conséquences sur les négociations internationales aiderait beaucoup notre gestion économique pour progresser vers de bonnes propositions en matière de développement. Dans le cas de l’Asie puis graduellement de l’Amérique, trois grands thèmes d’analyse apparaissent à priori décisifs:

· La capacité de discernement et d’apprentissage qui fait émerger le « capital social collectif», clef de voûte pour sortir des « trappes de pauvreté », pour mettre en place de stratégies spécifiques efficaces et pour déployer des capacités productives. · La nécessité d’intensification des échanges multiformes internes et externes maîtrisés et de construction d’une politique budgétaire, financière et monétaire contrôlée. A l’endettement se substituent les flux d’investissements durables complétant l’épargne nationale bien rémunérée, faisant de la mondialisation, en dépit de ses injustices, un facteur favorable, soutenant les facteurs structurels internes. · La construction de configurations étatiques solides et bien souvent Interventionnistes, basées sur des alliances politiques et sociales d’intérêts et une relative égalité sociale interne.

Pour vous, c’est une erreur stratégique que le gouvernement algérien ait décidé de rembourser par anticipation ses dettes extérieures. Pourquoi ? C’était peut-être le prix à payer pour que l’Algérie puisse s’affranchir de l’influence de ses anciens créanciers ?

A chaque période particulière, il faut décrire et mesurer correctement l’état de l’endettement du pays. Les tendances susceptibles de conduire à des difficultés économiques, sociales ou politiques se modifient en fonction de la conjoncture à court et moyen terme. Seule la situation de référence est significative : c’est celle qui évite le contrôle de la politique monétaire et financière par les marchés dominants et le détournement par ces marchés des profits et des rentes au détriment de l’économie nationale. Les indicateurs pertinents de l’endettement sont en définitive ceux qui mesurent l’efficience des politiques publiques financières et monétaires : Nous devons répondre avec les moyens du moment aux soucis de souveraineté et de stabilité financière et monétaire. Quels en sont les indicateurs, qu’en était-il en 90 et qu’en est-il aujourd’hui ? Sans rentrer ici dans les aspects techniques, disons qu’un indicateur de qualité de la politique financière et monétaire doit être immédiatement et politiquement compris par les acteurs économiques et sociaux. Il doit simultanément pouvoir être évalué et audité sans perdre sa signification dans le temps. Il doit enfin se prêter aisément aux comparaisons internationales. Une première remarque s’impose à ce niveau : les indicateurs de
la Banque mondiale, ont une pertinence statistique certaine ; ils sont néanmoins destinés à mesurer la capacité des pays à fondamentalement respecter les exigences des créanciers que sont les marchés internationaux ; ils ne disent rien de la capacité des finances et de la monnaie à se conformer aux exigences économiques et sociales du développement durable national et local. Pour cette raison, il nous apparaît nécessaire de produire des indicateurs dont la vocation sera de juger de la portée économique et sociale des politiques financières et monétaires et de mettre à jour la charge effective que représentent ces politiques sur le développement durable dans notre pays. Pour cela, il est d’abord nécessaire d’identifier en quoi la charge financière effective du service de la dette interne et externe, des dégrèvements fiscaux, des subventions déguisées ou visibles aux marchés…,dans ses composantes financières et aussi monétaires, capte inutilement des fonds pouvant être disponibles pour des utilisations socialement et économiquement plus bénéfiques dans le cadre d’une politique financière et monétaire souveraine. Le débat politique utile revient ainsi à évaluer et apprécier les politiques publiques en comparant ces charges aux rentrées fiscales de l’Etat, aux budgets de la santé, de l’éducation et des autres services publics de base, à la masse salariale de la fonction publique et au montant de l’investissement dans l’alimentation de base et l’urbanisation. A partir du moment où les prix de l’énergie exportée sont partis durablement à la hausse, nous avons abondamment entendu vanter des mérites qui n’ont aucun lien avec les politiques publiques nationales :
· Le remboursement anticipé des dettes aux IFI a été présenté comme une grande manifestation d’indépendance. On en a fait l’apologie comme on a osé faire l’apologie de l’apurement en catimini de dettes privées et publiques internes crapuleuses. La bonne politique et la véritable innovation aurait consisté à utiliser la marge de manœuvre crée par les nouvelles ressources pour faire une audit sérieuse des dettes internes et externe et exiger une restructuration de la dette à des conditions favorables pour la société. Ces dettes, en grande partie illégitimes, ont été payées déjà plusieurs fois. L’apologie des remboursements anticipés et des apurements internes est la manifestation d’une grande ignorance des responsabilités. Elle fait diversion et évite une nouvelle fois de poser la question de fond des malheurs de l’endettement et des conditions pour s’en sortir courageusement. · On ne cesse également de se féliciter de l’accumulation d’actifs à l’étranger, constitués fondamentalement par des réserves internationales. Pour être objectif, il faut comparer le mouvement des réserves à celui de la dette interne à fort taux d’intérêt et dont il faudra bien assurer le service, qu’il faut alors déduire des réserves et aussi comparer aux dépenses utiles citées antérieurement. Le Trésor rembourse la dette interne à des taux élevés alors qu’il reçoit des intérêts de plus en plus bas pour ses placements à l’étranger, négatifs en dollars constants. Heureusement, au passage que la libre circulation des capitaux n’est pas encore à l’ordre du jour ; de telles mentalités, associées au laxisme fiscal et aux taux d’intérêt élevés, produiraient les conditions de la ruine explosive du pays par les spéculateurs. Mais cette évolution n’est-elle pas annoncée ? Il faut regarder de près l’endettement interne des compagnies qui investissent dans l’énergie et ailleurs et se couvrent pour l’amortissement de leurs dettes. Il faut voir ce que peut leur rapporter comme profits spéculatifs sur une année l’évolution comparée du dinar et du dollar sans qu’ils ristournent au fisc ces bénéfices….Le résultat de tout ceci est la mise en place graduelle et sournoise d’un nouveau mécanisme de spoliation plus grave et plus pernicieux que celui de l’endettement des années 70 et 80 portant de graves préjudices pour la souveraineté financière, monétaire et politique d’une part et pour l’écrasante majorité des pauvres à revenus fixes dans ce pays d’autre pat, au bénéfice des acteurs des marchés internationaux et de leurs intermédiaires sur le territoire national.

Les privatisations sont actuellement le chantier en cours en Algérie, notamment dans le secteur bancaire avec l’ouverture du capital de
la CPA. Le moment n’est-il pas mal choisi pour privatiser les banques, étant donné l’incertitude qui règne dans le milieu financier mondial suite à la crise des subprimes ?

Lorsque certains cercles algériens parlent de privatisation aujourd’hui, ils donnent le sentiment de considérer qu’il n’existe d’appropriation que sous la forme de la société anonyme ou personnelle. Cette hypothèse résulte peut être de la pratique décourageante des sociétés nationales des années 70. Il en résulte une compréhension erronée des enjeux et du processus de ce qui est appelé les mécanismes de marché dans la transition. Elle a entraîné en particulier la guerre à toute forme de propriété publique, et hâtivement dans l’élan, la guerre à la régulation étatique (ou sous d’autres formes collectives de coordination) des activités productives à moyen et long terme. Les « « combinats », (pour parler comme de notre temps), ne sont pas des entreprises au sens donné à ce mot dans les capitalismes. C’étaient des morceaux d’Etat inscrits dans une rationalité non « économique » : objectifs productifs, sociaux, rentes politiques étaient inextricablement liés. On ne passe pas d’une forme à l’autre en empruntant brusquement et sans discernement aux évaluations dites de marché, surtout lorsque ces marchés n’existent pas par ailleurs. Il faut d’abord séparer dans les fonctions des anciennes sociétés nationales. Il faut mettre en évidence séparément les fonctions productives évaluables en termes de marchés, (en faisant attention à ce que la production ne s’effondre pas au passage, ce qui n’est nullement garanti). Il faut traiter à part la question du coût réel final de la force de travail et non uniquement celui de la rémunération monétaire immédiate. Tout ceci doit être fait avant d’aboutir à une valeur d’échange permettant de vendre. Nous avions en d’autres temps proposé des mécanismes de « transition » tenant compte de ces réalités( fonds de participation, travailleurs organisés dans les conseils d’administration, administrateurs de biens dialoguant avec la planification,) …d’autres formules peuvent, comme dans le cas de
La Chine, être développées. Mais l’absence de formule de régulation et la précipitation pseudo-libérale n’aboutissent qu’à des impasses ; Le lieu de l’impasse est bien l’impossibilité de la privatisation des banques et d’autres grandes sociétés nationales. On a tenté d’en vendre à des entreprises étrangères, très généralement sans succès ; c’est pour cela que le serpent se mort la queue depuis si longtemps. S’agissant des banques le schéma se complique du fait de mauvais exemple donné par la gouvernance des banques étrangères dans le développement de la crise de crédit actuelle. Est-ce le moment d’ouvrir notre système d’intermédiation à la spéculation incontrôlée dont elles sont les principaux vecteurs ? Faut-il le faire au moment où certaines se font re-nationaliser ou racheter à vil prix ? Il faut être prudent à ne pas privatiser les bénéfices quand tout va bien et socialiser les pertes quand tout va mal. Il me semble que les banques ne sont pas des entreprises comme les autres. Il faut aborder la question de leur appropriation dans le cadre de la politique financière et monétaire choisie, et définir préalablement celle-ci. Elles sont à l’épicentre du fonctionnement de l’économie. Nous ne pouvons faire l’impasse sur ces choix.
Que vous inspirent ces quelques chiffres : 110 dollars le baril de pétrole, le smic à 12 000 DA, 1000 DA le prix d’un bidon de cinq litre d’huile de table, 40% de jeunes actifs au chômage ? Ce qui frappe pour nous, c’est la déshérence de l’Etat et des politiques publiques. C’est de là que découlent, tant les graves tensions internes que l’absence d’autonomie face aux commandements arbitraires et spoliateurs des marchés. Au delà, expliquant également la prégnance des rapports de subordination aux marchés, les rentes énergétiques, accaparées pour l’essentiel par les clientèle du régime et les compagnies, ne se sont que très peu transformées en investissements productifs et encore moins en dépense publique. L’augmentation récente des prix mondiaux, qui a amélioré la balance des payements ne s’est encore nulle part traduite par une manifestation d’autonomisation de la décision économique. Le gouvernement continue de compter sur l’amélioration des conditions d’endettement pour se maintenir à flot. Les politiques pour l’avenir sont sacrifiées, laissant la voie libre à l’exode rural, la ruine des agricultures vivrières et la privatisation sauvage des services publics de réseaux. Pour en sortir, l’Etat doit être profondément transformé, d’où également l’importance stratégique du développement territorial.

Que pensez-vous de la manière dont sont gérées les réserves de changes avec un dollar en chute libre et l’onde de choc de la crise des subprimes qui a tendance à s’élargir. Algérie est-elle à l’abri d’éventuelles répercussions sur son économie ? Depuis 2004, nous vivons une conjoncture d’augmentation des recettes d’exportation et d’accumulation d’importantes réserves de change. Comment les utilisons-nous ? La gestion des réserves est guidée par un automatisme pervers. Les banques d’investissement dont la politique est établie par les spéculateurs en dollars, poussent les gestionnaires centraux par des moyens non affichés et non contrôlés, à accepter des risques inconsidérés. Dans une telle situation, les déperditions et les détournements de toutes sortes peuvent se développer. Dans cette absence d’encadrements responsables, personne ne répond à long terme pour les pertes sur les comptes d’investissement, alors qu’elles sont punissables de peines de prison par la loi. Les gérants de portefeuille sur les marchés attirent les nôtres par des numéraires ridicules à court terme pour les mener à l’abattoir ensuite. Les algériens et d’autres ressortissants de pays mal gérés ayant des excédents verront peut-être leurs banques centrales afficher, dans les prochaines années, des milliards de dollars de pertes à cause de la crise des emprunts immobiliers aux Etats-Unis, mais on ne pourra rien y faire, étant donné le manque général de responsabilité politique. C’est une grande prédation que les citoyens subissent sans contrôle.

Pour finir, avez-vous des idées ou des recommandations à suggérer à l’actuel ministre de l’économie algérien ?

Pour en finir avec la question précédente, Nous avons effectivement remboursé de manière anticipée des dettes au FMI, à
la Banque mondiale, au Club de Paris et aux banquiers privés. Je n’ai jamais déclaré à ce propos qu’il ne fallait pas se débarrasser de ces titres. J’ai défendu l’idée d’une stratégie alternative à deux volets : -Plutôt que de rembourser des dettes accumulées quelquefois de façon illégitime et souvent pour des raisons inavouables, il vaut mieux d’abord les auditer, ce qui est valable aussi pour la dette interne, puis négocier une restructuration des dettes qui partagerait les coûts de façon moins inéquitable pour les finances publiques et les citoyens. C’était déjà ce que j’avais tenté en 90 sans pratiquement de marges alors qu’aujourd’hui nous en avons les moyens.- Ne pas laisser passer une opportunité historique pour réduire les stocks volatils en laissant flotter le dinar vis-à-vis d’un dollar en chute libre, construire une politique budgétaire, financière et monétaire propre pour investir sur le marché intérieur plutôt que sur un marché financier défaillant. Absolument rien, sauf l’aveuglement et le manque du sens des responsabilités ne nous empêche de mettre les investissements à notre portée au service d’un projet alternatif aux marchés instables. Ces investissements pourraient constituer de puissants leviers pour la mise en place de politiques de renforcement du secteur public et privé productif et développer la solidarité économique et sociale, en en appliquant le principe de la justice et de l’égalité dans la distribution de la rente et de la richesse produite.Ces exercices sont d’abord politiques ; ils ne relèvent pas de la technique hors contexte ; le ministre de l’économie du moment pourrait en proposer le débat et les choix sur la scène appropriée : le champ politique. Encore faut-il que ce champ existe…
Interview réalisé à Paris, par Fayçal Anseur

 

Dans : LA SOCIETE ALGERIENNE ET LE CHANGEMENT
Par Miloud Medjamia
Le
A 16:33
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“Pourquoi les régimes politiques arabes ne sont-ils pas démocratiques ?”

Communication de Mouloud Hamrouche lors des débats d’El Watan à l’hôtel Essafir (jeudi 13 décembre 2007)

“Pourquoi les régimes politiques arabes ne sont-ils pas démocratiques ?” 

Je voudrais d’abord remercier les responsables d’EI Watan et toute l’équipe du journal pour cette invitation. Je voudrais aussi remercier tous ceux qui ont fait le déplacement pour assister à ce débat, ce qui est révélateur d’un paradoxe entre, d’une part, l’intérêt des Algériens pour le débat politique, et l’insuffisance, sinon l’absence des espaces pour le débat, d’autre part. 

On m’a invité à répondre à une question qui se pose avec acuité : « Pourquoi les régimes politiques arabes ne sont-ils pas démocratiques ? » je vais essayer d’y répondre en évoquant en premier lieu la démocratie et les élites, ensuite la tentative algérienne de démocratisation, pour déboucher sur l’ébauche d’un processus de démocratisation. Le monde change sans cesse et les sociétés s’adaptent. Toutes les sociétés ne s’adaptent cependant pas aux mêmes rythmes, de la même manière et aux mêmes coûts. Il y a, aussi, celles qui échouent. Les élites ainsi que les institutions jouent un rôle primordial dans ces adaptations. Les sociétés se gouvernent par des règles qui sont le fruit de l’expérience, de l’accumulation et par la synergie de toutes leurs composantes sociales. Les élites, ce sont ceux et celles qui dominent et influencent au niveau de la justice, de l’armée, des administrations pérennes et des représentations sociales, politiques, syndicales, économiques, scientifiques et culturelles. L’absence ou l’échec de la démocratisation dans le monde arabe ne peut s’examiner en dehors d’une évaluation sans concessions des comportements, des attitudes et des influences de ses élites. Débattre de la démocratie, c’est aussi évoquer comment fonctionne et s’exerce l’autorité dans une communauté nationale. D’autant que la réalité humaine aujourd’hui tend vers une convergence des modèles de gouvernance étatique, économique, sociale, culturelle et sécuritaire. La question est donc : « comment s’acquiert, s’exerce, se limite et se contrôle le pouvoir dans le monde arabe ? » Fondée prétendument sur l’adhésion et le consentement du peuple, la gouvernance arabe fonctionne en dehors de toute représentation politique de la société, et de tout contrôle citoyen. L’exécutif s’identifie volontairement à la nation et à l’Etat. Il présente ses décisions comme émanant de la nation, et comme étant toujours en conformité avec les impératifs de sa souveraineté, de sa sécurité et de ses intérêts. Ces conditions ont conduit à l’établissement d’une gouvernance d’un type particulier et façonné une manière insolite d’exercer le pouvoir. Cela a entraîné une confusion entre l’étatique, le sécuritaire, le politique, le religieux, l’économique, le social et le culturel. Revêtue de tous ces habits, la gouvernance est devenue un ordre autoritaire établi sans nuance, sans limitation et sans contrôle. Mieux, elle s’est ordonnée législateur en chef, policier en chef, juge en chef et imam en chef. Dans son essence, le régime arabe, comme tout régime autoritaire, n’est pas aménagé de sorte à demeurer compatible avec les droits et les libertés des citoyens. Un exercice institutionnel et légal du pouvoir lui est étranger. Il ne considère pas la Constitution et les lois comme des limitations à son autorité, mais comme des contraintes à imposer à la société et aux contestataires. Il ne répond pas aux exigences d’être issu d’un scrutin sincère et régulier, élu par une majorité de citoyens pour exercer un mandat prédéterminé et des pouvoirs préétablis. Il ne tient pas à un fonctionnement institutionnel, ni au respect des droits et des libertés individuelles et collectives. C’est pourquoi l’absence de liberté d’opinion, de presse, de pensée, d’association, de réunion et d’adhésion n’est pas un problème, mais une solution. Une telle approche devait tenir sans doute, des questions de sociologie, de religion et de culture. Ces jugements sont à nuancer, car tous les régimes arabes ne sont pas totalement identiques, notamment les monarchies du Golfe. C’est pour toutes ces raisons que la gouvernance arabe, dès qu’elle est confrontée à une crise interne profonde, perd de son efficacité, de sa cohésion, et perd l’adhésion et le soutien de l’opinion nationale. Cela conduit, également, à des enchaînements majeurs, une rupture des rapports entre la population et le régime. Ceci se traduit par la perte de confiance dans le système de légitimation et d’arbitrage par lesquels le pouvoir exprime une volonté au nom de la communauté nationale. Tout cela aboutit à accréditer l’idée de l’impossibilité de la solution démocratique, ce qui sert d’alibi pour revenir ou maintenir un régime autoritaire qui conviendrait davantage pour préserver la stabilité, arrêter la violence, stopper les dérives et rétablir le droit dans la cité arabe. 

1. La tentative algérienne : La rupture d’octobre 1988, l’adoption de la Constitution démocratique de 1989 et la volonté manifeste de la société de rompre avec les pratiques politiques établies avaient entrouvert la voie pour un processus de démocratisation. Cette brèche aurait pu offrir une chance à la résorption de la crise du passage d’un système finissant à la démocratie et à l’accomplissement d’un progrès certain, bien que l’entreprise manquait cruellement d’appuis et de soutiens affichés. Il fallait renforcer les institutions parlementaires et judiciaires, et encourager la liberté de la presse et le contrôle. La conjoncture était caractérisée par une crise de confiance et par une perte de crédibilité. L’édifice politique national connaissait une impasse idéologique, des dissensions politiques et une désagrégation de la représentation sociale. La situation exigeait des réformes profondes et de régulations nombreuses, pour pouvoir engager la nation sur la voie de la réforme de sa gouvernance. La mobilisation et l’engouement de la population ont très peu passionné nos élites. Une majorité des élites a adopté une attitude de méfiance ou de neutralité. Elles n’ont pas soutenu la revendication démocratique et n’ont pas accompagné la société dans sa quête de changement. L’exaltation populaire a été, malheureusement, saisie par le courant contestataire qui cherchait plus la chute du régime que sa démocratisation. Refusé par la bureaucratie politique, repoussé par des élites au pouvoir, rejeté par des porte-parole de la contestation, le processus d’ouverture est dévoyé en un pluralisme factice, une perversion de la politique et une corruption de l’élection. Ce processus a subi ainsi un triple revers. Ces revers ont mené à l’impossibilité de retrouver la sérénité et la stabilité, d’établir à nouveau des rapports sociaux féconds et de regagner un minimum de fonctionnement institutionnel légal. Coupé de la société, de ses préoccupations et de ses problèmes économiques, sociaux, culturels et sécuritaires, le gouvernement continue à être issu et aménagé d’en haut. Il est la proie d’un jeu clanique et l’objet d’influences de clientèles organisées en réseaux. Le semblant de pluralisme politique n’a pas permis de garantir ni la stabilité, ni la sécurité, ni de mener un processus de démocratisation et de modernisation, ni de résoudre les grands dossiers qui conditionnent le devenir du pays, ni de répondre aux demandes pressantes des citoyens. Le système politique s’est révélé incapable de corriger tant d’erreurs, de relever tant de défis, d’opérer tant de réformes, et d’introduire tant de régulations. Il n’a pas pu produire de solutions ni faire évoluer les rapports socioéconomiques. Sans doute, le pays était fortement influencé par les conditions de sa colonisation et les conditions de sa libération. C’est, en effet, un pays dont l’histoire a retenu la révolte comme action de refus et de survie, et la répression et la violence comme moyens de régulation et de gouvernance. Ces forts legs de l’histoire suscitent toujours ressentiments et méfiances. 

2. Régimes arabes et démocratisation :  On peut diverger sur les raisons et les mécanismes qui bloquent la démocratisation des régimes arabes. On ne peut, par contre, que conclure à l’inaptitude des régimes arabes à se démocratiser ou à créer les conditions d’une démocratisation négociée. Car leur modèle de gouvernance est une survivance du système colonial. Les gouvernants sont dans un rapport de domination, et non dans un rapport de forces. Ils distribuent la rente et les privilèges. Ils redoutent les mécanismes de création de richesses. Ils craignent l’autonomie des citoyens et de la société. C’est pour toutes ces raisons qu’ils écartent la modernisation de la gouvernance, se méfient des institutions autonomes, des partis politiques et de la représentation, et de la représentativité sociale. Une démocratisation dans le monde arabe exige donc au préalable, un minimum d’ouverture, de régulation et d’instruments de contrôle. Un changement initié en dehors du régime ne peut aboutir, mais un processus de démocratisation ne peut s’élaborer en vase clos en dehors de la société et sans son contrôle. Le processus de changement doit donc venir simultanément de l’intérieur du régime et de la société. Il serait hasardeux de croire qu’un système démocratique est immunisé. Aucune loi et aucune force armée ne peut garantir à elle seule la pérennité d’une démocratie. Cette dernière ne s’installe dans la durée et ne se protège que s’il y a une justice indépendante, un pouvoir législatif représentatif, un citoyen imprégné de son rôle et défendant ses droits, ses libertés et celles des autres, ainsi qu’une presse libre. Je vous remercie. 

Mouloud Hamrouche 

Dans : LA SOCIETE ALGERIENNE ET LE CHANGEMENT
Par Miloud Medjamia
Le
A 16:15
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