La société algérienne face au changement

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Une nouvelle Algérie est en train de naître, par Abed Charef

Une nouvelle Algérie est en train de naître 

par Abed Charef  QO jeudi 24 janvier 2008 


La grève des lycéens a dépassé ses promoteurs. Ce n’est pas une simple protesta, mais un nouveau pays qui émerge.

Ils sont jeunes, ils sont beaux. Ils sont l’innocence et l’aspiration au savoir. Ils manifestent dans la bonne humeur, formant des cortèges aussi joyeux que colorés. Ils ont pris possession de la rue de manière pacifique, et ont réussi, non seulement à se faire entendre, mais à gagner la sympathie d’une large partie de la société. La matraque du policier paraît désuète face à leur simplicité. Non, ils n’ont pas envie de casser, ni d’affronter qui que ce soit. Ils veulent simplement avoir une chance dans la vie.

Malgré les interdictions et les barrages, ils ont réussi à engager le plus beau mouvement de foule de ces dix dernières années. Ils ne connaissent pas la haine. Ils veulent simplement dire aux autres, aux adultes, à ceux qui décident, à tous les bureaucrates qui font de savantes analyses, que les jeunes Algériens ne veulent pas être condamnés à la triptyque harga-kamikaze-hitiste.

En ce mois de janvier 2008, les lycéens ont brusquement révélé qu’une autre Algérie est possible. Une Algérie où le citoyen a le droit de défendre ses droits, de manifester pacifiquement, d’exister. La grève des lycéens a révélé deux Algérie: l’une moderne, jeune, pacifique, ouverte, aspirant au savoir, et l’autre fermée, enfermée sur elle-même, prisonnière de réflexes dépassés et de comportements relevant d’autres temps.

En fait, il y a tant de symboles dans cette semaine de protestation des lycéens qu’il est impossible de les évoquer tous. On ne retiendra même pas le contenu de leurs revendications, ni les tentatives de pousser les protestataires à la faute. Personne ne s’attardera non plus sur les réponses des responsables du pays, qui paraissent en décalage total avec cette nouvelle jeunesse qui vient de surgir. A peine retiendra-t-on que le SMS et Internet ont joué un rôle clé dans cette mobilisation, battant à plate couture les méthodes désuètes du pouvoir, au travers d’un ministre de l’Education s’invitant au journal télévisé de 20 heures pour faire de nouvelles promesses.

Et puis, quelles promesses leur tenir ? Les rassurer quant au déroulement du baccalauréat ? C’est tellement dérisoire, face aux vrais enjeux dans lesquels ces lycéens se trouvent engagés et, avec eux, le pays tout entier. Car, quitte à rappeler une évidence, ces jeunes qui battent le pavé sont les futurs cadres du pays. Dans un mandat présidentiel, ils auront terminé leur formation universitaire. Dans quel état trouveront-ils le pays ? Quel marché du travail trouveront-ils ? Mais plus simplement encore, la formation qu’ils auront acquise leur permettra-t-elle d’entrer dans le monde du travail par la grande porte ? Que faut-il faire pour leur assurer une vraie formation qui débouche sur de vrais diplômes ?

Cette seule question serait suffisante pour remplir un mandat présidentiel. Y répondre, sur le terrain, justifierait une élection aux prochaines présidentielles. Le ministre de l’Education s’est d’ores et déjà disqualifié, en ayant recours aux menaces. Peut-on sanctionner un lycéen qui s’est absenté pour aller à une manifestation, fût-elle illégale ? En fait, les réponses approximatives des autorités révèlent une autre réalité: les enjeux de cette grève des lycéens, comme ceux d’autres conflits antérieurs, ne sont pas posés de manière rationnelle. Et pourtant, l’enjeu est énorme.

L’université algérienne compte aujourd’hui un million d’étudiants. Ils seront un million et demi à la fin du prochain mandat présidentiel. C’est l’équivalent de la moitié de la population du grand Alger ! Comment encadrer tout ce monde, lui fournir professeurs, outils de savoir, documentation, comment l’héberger et le prendre en charge de manière à le libérer de toutes les contingences quotidiennes pour qu’il puisse se consacrer aux études ?

Il faudra probablement multiplier par trois le nombre d’enseignants actuel, qui est de 35.000, pour assurer une simple mise à niveau de l’encadrement. Cela nécessite une action multiforme, à la fois pour former, ramener si possible les professeurs qui sont partis et injecter massivement des enseignants qu’il faudra chercher là où ils se trouvent. Il faudra donc non seulement arrêter l’hémorragie actuelle des départs, qui avoisinent le millier par an, mais engager un mouvement inverse de grande envergure !

En parallèle, il faudra construire massivement de nouvelles universités, pas seulement des annexes décidées à la va-vite, entre deux réunions, pas des garderies pour post-adolescents, mais de vrais pôles universitaires modernes, avec leurs équipements modernes, leur infrastructure pédagogique et technique, leur environnement et leurs liens avec la société. Il faudra y introduire massivement aussi les nouvelles technologies, mettre tout cela en réseau pour faciliter l’accès à la documentation, de quoi, en fait, motiver le pays pour se lancer dans une immense aventure de l’informatique. C’est une tâche gigantesque: les nouveaux arrivants à l’université durant le prochain mandat présidentiel représenteront à eux seuls l’équivalent de la population d’Oran !

La protestation des lycéens a montré les enjeux. A charge pour le pays de montrer qu’il a saisi le message et qu’il est en mesure de répondre au défi. 

 

Dans : Articles de presse,LA SOCIETE ALGERIENNE ET LE CHANGEMENT
Par Miloud Medjamia
Le 7 avril, 2008
A 16:56
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